GPT IMage

En République Démocratique du Congo, le débat autour de la révision ou du changement de la Constitution prend progressivement une dimension à la fois politique et religieuse. Ces dernières semaines, plusieurs responsables ecclésiastiques ont multiplié des prises de position publiques favorables à cette initiative portée dans les cercles proches du pouvoir.

Réunis mercredi 13 mai 2026 à Kinshasa, autour d’un échange consacré au rôle de l’Église face à l’actualité nationale, des pasteurs membres de l’association des Églises du Réveil du Congo (ERC) ont affiché leur volonté d’accompagner le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, dans le processus de révision ou de changement de la Constitution.

Mais cette implication grandissante des leaders religieux dans un débat institutionnel sensible suscite des interrogations au sein d’une partie de l’opinion congolaise.

Le malaise s’est accentué après les déclarations de l’archevêque Evariste Ejiba Yamapia, président de l’ERC. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 mai 2026 à Kinshasa, ce dernier a annoncé la création prochaine d’une coalition citoyenne destinée à soutenir le projet du changement de la Constitution.

 

L’homme d’Église a également affirmé qu’un sondage mené par le forum des intellectuels de son Église dans plusieurs villes du pays révélerait que 80 % des Congolais interrogés seraient favorables au changement de la Constitution, contre 20 % favorables à une simple révision. Des déclarations qui alimentent davantage le débat.

 

Au-delà de la question politique, plusieurs observateurs s’interrogent désormais sur la posture de certains responsables religieux et sur la crédibilité des chiffres avancés publiquement. Des questions reviennent avec insistance : sur quelle base ces conclusions ont-elles été établies ? Quelle méthodologie a-t-elle été utilisée ? Combien de personnes ont-elles été consultées ? Dans quelles provinces exactement ? Sur quelle durée ?

 

Jusqu’à présent, aucune précision officielle n’a été donnée concernant la taille de l’échantillon, les zones concernées ou les méthodes utilisées pour aboutir à ces statistiques.

Dans l’opinion, ce rapprochement de plus en plus visible entre certains responsables religieux et le pouvoir, alimente le sentiment d’une Église qui s’éloigne progressivement de sa mission spirituelle pour s’impliquer davantage dans les enjeux politiques nationaux.

 

Pour plusieurs fidèles, le contraste devient difficile à ignorer. Alors que des nombreux Congolais fréquentent encore les églises dans un contexte de précarité sociale croissante, certains pasteurs apparaissent désormais très engagés dans les débats institutionnels et les rapports de force politiques.

 

Lire aussi: Élections en RDC : Godé Mpoyi rejette toute exclusion du Kivu

 

Cette situation provoque également des fractures au sein même des milieux religieux. Le pasteur Moïse Mbiye, surnommé “Ya Momo” par ses fans, avait lui-même créé la polémique en qualifiant de “lépreux” certains pasteurs engagés dans cette dynamique politique, illustrant ainsi les profondes divergences que traversent aujourd’hui les communautés ecclésiastiques congolaises.

Cette tension révèle une crise plus profonde au sein de l’Église congolaise. D’un côté, une partie du clergé entend conserver un rôle de conscience morale au-dessus des clivages politiques. De l’autre, certains responsables religieux semblent désormais assumer une implication directe dans les grandes orientations institutionnelles du pays.

 

Pour plusieurs analystes, le risque est réel de voir l’Église perdre petit à petit sa position d’arbitre moral et spirituel si elle apparaît de plus en plus alignée sur les intérêts du pouvoir ou ceux de l’opposition.

Dans un pays confronté à la guerre dans sa partie Est, à la pauvreté, au chômage et à une forte désillusion sociale, certains fidèles redoutent que les préoccupations spirituelles soient reléguées au second plan derrière les stratégies politiques.
Une question s’impose alors dans le débat public : qui s’occupera encore des âmes si l’Église devient elle-même acteur politique ?

Au fil des prises de position et des alliances, une impression s’installe progressivement dans une partie de l’opinion : pour certains responsables religieux, le salut des âmes semblerait désormais passer par le changement de la Constitution.

 

Analyse de Schilo Jr. Citeng

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Wordpress Social Share Plugin powered by Ultimatelysocial
error

Enjoy this blog? Please spread the word :)