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À l’heure où les questions climatiques et la protection des forêts du bassin du Congo occupent une place croissante dans les débats internationaux, l’organisation Mbou-Mon-Tour (MMT) tente de consolider un autre front, moins visible mais devenu essentiel : celui de sa gouvernance interne.

Pendant une semaine, les équipes du bureau central et celles déployées sur le terrain ont suivi une formation intensive sur les procédures administratives et financières, animée par Madame Céline GROPP dans le cadre du projet Probiodev porté par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Derrière cette session technique se cache une réalité souvent sous-estimée dans le secteur environnemental congolais : les organisations communautaires ne sont plus seulement évaluées sur leurs discours de conservation ou leur proximité avec les populations locales, mais aussi sur leur capacité à répondre aux standards modernes de gestion, de transparence et de traçabilité financière.

Dans un contexte où les financements liés à la biodiversité et au climat deviennent de plus en plus compétitifs et conditionnés à des exigences de gouvernance rigoureuses, MMT semble avoir compris qu’une organisation peut disposer d’une forte légitimité communautaire tout en restant vulnérable si ses mécanismes internes demeurent fragiles.

Créée en avril 1997 dans le Territoire de Bolobo, dans l’actuelle province du Maï-Ndombe, MMT est née d’un constat alarmant : la disparition progressive de certaines espèces animales et la dégradation accélérée des ressources naturelles dans cette partie de la République démocratique du Congo. Face à cette pression écologique, des habitants de la région et des cadres universitaires originaires de la zone avaient décidé de construire une approche locale de conservation, articulée autour des communautés elles-mêmes.

Installée près du village Nkala, l’organisation s’est progressivement imposée comme l’un des principaux modèles de conservation communautaire dans le bassin du Congo. Son approche repose sur une idée devenue centrale dans les politiques environnementales contemporaines : protéger la biodiversité sans exclure les populations locales des mécanismes de développement.

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Le travail de MMT a particulièrement attiré l’attention dans le domaine de la protection des bonobos. En 2001, l’organisation avait créé la surprise en annonçant la présence de ces grands singes dans le Territoire de Bolobo, à environ 300 kilomètres au nord de Kinshasa. À l’époque, plusieurs spécialistes jugeaient cet habitat inadapté à l’espèce. Il faudra attendre un inventaire réalisé en 2005 par le World Wide Fund for Nature pour que cette présence soit officiellement reconnue.

Cette découverte a contribué à repositionner le Maï-Ndombe dans les enjeux internationaux de conservation des primates et renforcé la crédibilité de MMT auprès des partenaires environnementaux. Mais l’organisation a surtout choisi une stratégie rarement mise en avant dans les modèles classiques de conservation : utiliser les références culturelles locales comme outil de protection écologique.

Avec l’appui des autorités coutumières, MMT a développé des campagnes de sensibilisation basées sur les traditions Téké interdisant historiquement la chasse et la consommation du bonobo. Des chansons populaires ont notamment été utilisées pour diffuser les messages de conservation dans les villages concernés. Une approche qui tranche avec les méthodes descendantes souvent imposées depuis les centres urbains ou les institutions internationales.

Les efforts de sensibilisation ont abouti, dès 2006, à la décision de plusieurs villages de consacrer une partie de leurs forêts à la protection des bonobos et des petits singes, ouvrant ainsi la voie au développement de forêts communautaires conformément au Code forestier congolais.

Au fil des années, MMT a également structuré des équipes de pisteurs villageois chargés du suivi écologique, du monitoring des primates et de la surveillance communautaire des forêts. Aujourd’hui, l’organisation gère plusieurs sites de monitoring dédiés aux bonobos et aux petits singes dans la province du Maï-Ndombe.

Mais malgré cette expérience de terrain, les défis actuels dépassent désormais la seule conservation écologique. Les organisations locales doivent aussi démontrer leur capacité administrative, produire des mécanismes de suivi fiables et répondre aux exigences croissantes des bailleurs internationaux en matière de gouvernance.

C’est précisément dans cette logique que s’inscrit la récente formation organisée avec l’appui du projet Probiodev/IUCN. Pour MMT, l’enjeu n’est plus uniquement de protéger des espèces ou des forêts. Il s’agit désormais de consolider une architecture institutionnelle capable de soutenir durablement les ambitions environnementales portées depuis près de trente ans dans le Maï-Ndombe.

Nexus Monde

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