À Kinshasa, le débat sur la réforme constitutionnelle change de registre. Plus frontal, plus politique aussi. Joseph Olenghankoy sort du langage feutré pour viser directement André Mbata, artisan d’une initiative qui, selon lui, s’inscrit à contre-courant de l’histoire démocratique congolaise.
Dans un pays encore traversé par des fragilités sécuritaires, où certaines zones échappent au contrôle de l’État, l’ancien opposant devenu président du CNSA ne voit pas dans cette réforme un simple ajustement institutionnel. Il y lit un risque systémique : celui d’un affaiblissement supplémentaire de l’architecture nationale, voire d’une fragmentation rampante. Le mot est lâché « balkanisation » comme un avertissement adressé autant aux décideurs qu’à l’opinion.
Mais au-delà du registre politique, c’est le terrain juridique que convoque Olenghankoy. L’article 219 de la Constitution, rappelle-t-il, verrouille toute révision en période de crise exceptionnelle. Une disposition qui, dans le contexte actuel, rend selon lui la démarche non seulement inopportune, mais contestable sur le plan légal.
En filigrane, une autre accusation, plus symbolique encore : celle d’un reniement. Pour Olenghankoy, les promoteurs de la réforme sont aussi les héritiers d’un combat historique, celui mené par Étienne Tshisekedi et l’opposition des années de braise. Toucher aujourd’hui à cet édifice reviendrait, à ses yeux, à fissurer une mémoire politique construite au prix d’affrontements et de sacrifices.
Le chef de l’État, Félix Tshisekedi, se retrouve ainsi placé au cœur de l’équation. Interpellé sans détour, il est sommé de rester fidèle à son serment et de résister aux pressions d’un entourage que son contradicteur juge opportuniste. Le ton se durcit encore lorsqu’Olenghankoy évoque des conseillers enclins, selon lui, à précipiter le pays dans une zone d’instabilité au bénéfice d’intérêts particuliers.
Pour autant, le discours ne se limite pas à la dénonciation. Sur un autre front, celui du conflit à l’Est, Olenghankoy adopte une posture plus nuancée. Il salue les discussions engagées à Montreux entre le gouvernement et l’AFC/M23, y voyant un signal que le dialogue reste possible. Mais là encore, il fixe une limite : sans un cadre inclusif, élargi à l’ensemble des forces nationales, ces avancées risquent de rester partielles, voire fragiles.
Au fond, ce double positionnement critique institutionnelle d’un côté, appel au dialogue de l’autre traduit une même préoccupation : éviter que les lignes de fracture ne deviennent irréversibles. Car derrière la bataille autour de la Constitution, c’est une question plus large qui se dessine : celle de la capacité du pays à arbitrer ses tensions sans compromettre son unité.
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