Pourquoi Zozo Machine a-t-il fait le choix de rapper exclusivement en lingala ? La question revient souvent dans les discussions autour du rap congolais. Interrogé à ce sujet lors d’un échange avec le slameur Peter Komondua, le rappeur congolais a livré une réponse claire, mêlant parcours personnel et conviction culturelle.
D’entrée de jeu, Zozo Machine balaie l’idée selon laquelle son choix serait lié à une quelconque limite linguistique. Il rappelle au contraire son parcours scolaire. «Mon frère, tu sais, je n’avais pas encore 18 ans quand je donnais des cours de dissertation à tous les finalistes de mon école. À l’Institut facultaire des sciences de l’information et de la communication, je me suis encore débrouillé pour taire les clichés qu’on a sur les gens qui viennent des quartiers comme Matete. J’ai été brillant, ceux qui ont fait la fac avec moi peuvent en témoigner», affirme-t-il.
Le rappeur insiste ainsi sur le fait qu’il possède les outils nécessaires pour écrire en français. «Je suis quelque part, en toute modestie, outillé pour écrire un texte en français. Aujourd’hui encore, mon manager m’a collé un prof pour m’apprendre l’anglais», explique Zozo, trouvant cela utile et une ouverture au monde.
A en croire le rappeur, la question dépasse la simple maîtrise des langues internationales. Son combat artistique se situe ailleurs : la valorisation des langues locales. « Ma préoccupation est celle de nos langues. Elles renferment une vision du monde, des codes, des secrets, des sonorités, de la beauté », souligne-t-il.
Selon lui, les artistes congolais n’explorent pas encore suffisamment la richesse linguistique locale. «Je trouve que nous n’allons pas assez sonder nos langues pour qu’elles nous révèlent ce que nous sommes, ce que nous avons été», estime-t-il.
Dans cette perspective, Zozo Machine dit travailler sur un projet artistique plus large. L’objectif : utiliser sa notoriété pour soutenir l’expression urbaine et encourager les jeunes talents. «Il s’agit d’utiliser ma lumière pour promouvoir le talent urbain en général et encourager les jeunes à rapper dans la langue qu’ils maîtrisent sans aucun complexe», conclut-il.
Un positionnement qui s’inscrit dans un débat plus large sur l’identité culturelle et la place des langues locales dans la musique urbaine congolaise. Pour Zozo Machine, le lingala n’est donc pas une limite, mais un choix artistique assumé et un vecteur d’authenticité.
Schilo Citeng
