L’étau se resserre autour du sénateur Modeste Bahati Lukwebo. Après ses récentes déclarations dans les médias sur la question d’un éventuel changement de la Constitution, le Bureau du Sénat a tenu à se désolidariser de sa position, qualifiant ses propos de «strictement personnels». Bahati s’est clairement opposé à toute initiative de révision constitutionnelle en République démocratique du Congo. «Le pays n’a pas un problème de textes, mais d’hommes», a-t-il déclaré, avant d’ajouter: «On doit arrêter d’être hypocrite. Quand on aime son chef, on lui dit la vérité».
Ces propos ont rapidement suscité de vives réactions dans la classe politique. Aussi, dans un communiqué officiel lu par la rapporteure du Sénat, Nefertiti Ngudianza, le Bureau de la chambre haute a précisé que cette prise de position «n’engage ni l’institution ni ses membres». L’organe dirigeant du Sénat a par ailleurs réaffirmé son attachement aux « idéaux défendus par le président de la République, Félix Tshisekedi».
Le Bureau du Sénat rappelle également que les institutions de la République doivent rester des espaces de cohésion, de stabilité et de responsabilité politique, et non des tribunes d’expressions individuelles susceptibles de fragiliser l’unité nationale. Cette mise au point intervient dans un contexte politique marqué par un débat persistant autour d’une éventuelle révision de la Constitution, révélant au passage des lignes de fracture jusque dans les institutions.
Parallèlement, la pression politique s’accentue contre Modeste Bahati Lukwebo. Certains élus de l’Union sacrée évoquent déjà une motion de défiance visant le deuxième vice-président du Sénat. Le sénateur Fulmine Kabongo accuse son collègue d’avoir manqué de respect à l’autorité morale de la plateforme présidentielle. «Nous reprochons à notre collègue, deuxième vice-président du Sénat, d’avoir violé le règlement d’ordre intérieur. En tant que membre du Bureau et personnalité du présidium de l’Union sacrée, il ne pouvait pas tenir des propos déplacés à l’égard de l’autorité morale», a-t-il déclaré.
L’élu évoque également des questions liées à la gestion financière du Sénat, affirmant que certains éléments auraient été relevés par la commission ECOFIN et nécessiteraient des explications de la part de Bahati Lukwebo.
Face à la polémique, l’ancien président du Sénat assume toutefois sa position. «J’estime qu’on ne peut pas empêcher les gens de réfléchir. Chacun est libre de penser. Cela ne veut pas dire que la Constitution est parfaite. Il peut y avoir des dysfonctionnements ou des éléments à corriger», a-t-il réagi.
Lâché par le Bureau du Sénat et désavoué au sein de l’Union sacrée pour avoir écarté toute perspective de changement ou de révision de la Constitution, Modeste Bahati Lukwebo apparaît désormais de plus en plus isolé sur la scène politique. Des interrogations émergent : pourrait-il être fragilisé, voire poussé à l’écart au sein du Sénat ?
Schilo T. Citeng
